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17 octobre 1961 à Paris : massacre perpétré à ciel ouvert contre notre peuple par le colonialisme français

dimanche 17 octobre 2021, par Alger republicain

17 octobre 1961 à Paris. Pour le peuple algérien, c’est une date qu’il n’oubliera pas. Qu’il n’effacera jamais de sa mémoire. A la fin de la journée, 60 000 Algériens, hommes, femmes et enfants, organisés par le Front de Libération National, défilent pacifiquement dans les grandes artères de la capitale de la France pour dénoncer le couvre-feu discriminatoire décrété quelques jours avant pour les obliger à se terrer dans leurs bidonvilles ou leurs chambres d’hôtels de 20 h 30 à 5 h 30 de matin afin de permettre à la police et aux harkis de les cueillir facilement pour les tabasser, les torturer et les faire disparaître. Et surtout pour clamer, avec pour seule force la certitude inébranlable de la justesse de leur combat, la revendication de l’indépendance de leur pays dont l’insurrection du 1er Novembre 1954 a sonné l’inéluctabilité.

Cela s’est passé six mois avant les accords d’Évian du 19 mars 1962 aux termes desquels le gouvernement français signera avec les représentants du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne le document reconnaissant au peuple algérien son droit à l’autodétermination et à l’indépendance. Des accords qui mettront fin à 132 ans d’une cruelle oppression colonialiste.

Ce 17 octobre la répression est instantanée. Elle est sauvage.
La manifestation pacifique pour l’indépendance de notre pays est noyée dans le sang.
12000 Algériens sont raflés. Des corps criblés de balles ou marqués par les coups seront repêchés dans la Seine.

Les Algériens arrêtés étaient sortis à coups de poings et de grosses matraques des cars de police ou de la RATP réquisitionnés. Ils se ramassaient par terre, passaient entre une haie de policiers qui les recevaient à coups de pieds, de poings, de bâtons. Un véritable pogrom. Malgré cette répression innommable, les autorités françaises, avec un culot phénoménal, annoncent seulement 2 morts, repris en chœur, sans honte par cette infâme ploutocratie impérialiste occidentale qui soutient toujours l’insoutenable. Mensonge et enfumage sont leur leitmotive.

Les témoignages et les historiens spécialistes qui se baseront sur les rares documents sauvegardés par l’Etat français, dénombreront plus de 200 morts et des milliers de blessés. La Fédération FLN de France recensera plus de 400 morts à partir des déclarations des familles touchées par la perte de l’un des leurs.

Plus tard, les autorités françaises s’en laveront les mains en mettant la responsabilité de ce crime sur le compte du préfet Papon. Tout le monde découvrira plus de 30 ans après le pédigrée de ce haut-fonctionnaire comme ancien pétainiste et collaborateur des nazis, quand il s’agira de dénoncer l’holocauste des juifs, non pas pour dénoncer ce crime contre l’humanité mais essentiellement avec l’arrière-pensée de préparer l’opinion française à la justification de la « judaïté » de l’Etat d’Israël. L’objectif maintenant est de délivrer à cet Etat sioniste le droit de perpétrer tous les jours de nouveaux 17 Octobre contre les Palestiniens chassés de leur terre ancestrale.

En fait, tout le monde savait en 1945 qui était Papon. Mais les « libérateurs » américains et De Gaulle lui-même avaient besoin de passer l’éponge sur le CV de ce genre de triste personnage pour mobiliser tous ceux qu’animait un anti-communisme primaire contre le puissant PCF, auréolé par la place décisive qu’il avait prise dans la résistance à l’occupation nazie et consacrée par son poids électoral. Il s’agissait de s’appuyer sur des individus compromis pour pousser le PCF à tomber dans des provocations destinées à le désarmer et même à l’anéantir. Comme l’armée britannique le fit avec le Parti communiste de Grèce, après son débarquement dans ce pays en 1944 alors que les nazis en avaient été déjà chassés par la résistance du peuple grec qui n’avait besoin d’aucune « aide » militaire étrangère pour recouvrer sa liberté.
L’anticommunisme et la répression du combat des peuples colonisés pour leur libération étaient liés et demeurent par les mêmes intérêts. La bourgeoisie a besoin des Papon pour sauvegarder ses privilèges, perpétuer l’exploitation capitaliste et la domination des peuples pour ramasser toujours plus de profits.

Le 17 Octobre 1961 n’est qu’un massacre de plus dans le sinistre bilan de la longue nuit d’horreur de notre peuple pendant les 132 ans de l’occupation coloniale.

Ce fut en premier lieu l’accaparement par la violence la plus barbare des meilleures terres de l’Algérie par quelques milliers de colons. Nos paysans spoliés ont été jetés à la rue sans ressources, du jour au lendemain et refoulés vers des terres arides où la seule nourriture était des racines. Nos fellahs réduits à la condition de vagabonds dans leur propre pays par les envahisseurs étaient obligés, dans une humiliation sans nom, de se vendre à ceux qui leur ont volé leur terre. il ne faut pas oublier les sinistres enfumages de populations entières, de femmes, d’enfants et de vieillards, sans distinction, enfermés dans des grottes avec leurs troupeaux et leur biens par la soldatesque coloniale ou brûlés vifs. Les innombrables ratonnades meurtrières exécutées par des fanatiques de l’Algérie française. Les massacres de population dont la plus sinistre fut celle perpétrée par le monstrueux général De Saint-Arnaud en petite Kabylie, l’homme lige de l’armée coloniale après Bugeaud, spécialiste d’actes de cruauté inqualifiables, rendu célèbre par l’organisation méthodique de ces enfumades. Mais il ne fut pas le seul à se distinguer dans cette orgie de crimes de masse. De nombreux généraux ont rivalisé dans ces actes odieux qui n’auront rien à envier au comportement de l’armée nazie. Ce sont des milliers de nos concitoyens qui ont été massacrés et exterminés. Le massacre du 8 mai 1945 à Sétif en est le symbole. 45000 morts.

Surprises par le déclenchement de la lutte de libération nationale qui avaient fini par croire à leur propre propagande sur « l’Algérie heureuse grâce l’oeuvre civilisatrice de la France des Droits de l’Homme et des Lumières », les autorités françaises vont se déchaîner neutraliser une « poignée de rebelles ingrats, fourbes et fanatiques ». Elles mobiliseront toute leur armada militaire contre notre peuple.

Une longue guerre terrible s’ensuivit. Elle a duré plus de 7 ans. Mais notre peuple n’a pas plié sous la violence inouïe de l’occupant. Il a résisté sans faiblir jusqu’à l’obtention de son indépendance. Notre peuple l’a payé très cher, le bilan est terrible, c’est 1 million cinq cent mille morts, et des milliers de disparus et des centaines de milliers de blessés et de mutilés.

Ce n’est pas d’un coup de chapeau que notre peuple va effacer les 132 ans d’occupation et les nombreux pogroms perpétrés par la colonisation française. Seul les peuples français et algérien pourront se réconcilier quand ils auront chassé du pouvoir tous ces margoulins qui gouvernent, mis bas le système capitaliste et instauré le socialisme.

Dans les jours qui suivirent la manifestation du 17 Octobre de très nombreux progressistes français crièrent leur indignation face aux crimes commis lors de cette sauvage répression.
Comme parti, le PCF fut le seul à impulser à travers sa presse, ses sections et ses députés, un rassemblement de masse des syndicats ouvriers et des étudiants pour dénoncer le crime et mettre fin à la guerre contre le peuple algérien.

Le 17 Octobre 1961, les travailleurs immigrés algériens, matrice du mouvement national moderne et anti-impérialiste, ont marqué de façon massive, leur participation collective à la lutte de l’ensemble du peuple algérien, sur les deux rives de la Méditerranée, pour la libération nationale et sociale.

Gloire à nos martyrs de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris

A. KADRI