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68 ans après son assassinat, Raymonde Peschard demeure un symbole intemporel de courage, d’humanisme et de justice

mercredi 3 décembre 2025, par Alger republicain

Soixante-huit ans se sont écoulés depuis ce matin tragique du 26 novembre 1957, lorsque, dans les hauteurs rudes des Bibans, au nord-ouest de Medjana, tombait Raymonde Peschard, militante communiste, humaniste dévouée et combattante de l’Armée de libération nationale. Ce jour-là, ce n’est pas seulement une jeune femme de 30 ans qui fut arrachée à la vie : c’est une voix de justice, une conscience éveillée, une âme ardente entièrement vouée à l’idéal de liberté et d’égalité qui fut réduite au silence. Et pourtant, aujourd’hui encore, son nom résonne avec force, comme une promesse, un repère, une source inépuisable d’inspiration.

Née le 15 septembre 1927 à Saint-Eugène, Raymonde grandit dans un milieu modeste où la solidarité n’était pas un mot, mais une manière d’être. Recueillie à Constantine par son oncle Édouard et sa tante, militants actifs du Parti communiste algérien, elle découvre très jeune que l’injustice n’a rien d’abstrait : elle se voit, se combat, se confronte, se défie.
L’incarcération de son oncle par la police coloniale, les rafles touchant son quartier, les témoignages de souffrance et de résistance forgent chez elle une conviction profonde : l’engagement est un devoir. À 18 ans, elle s’engage dans la Jeunesse communiste d’Algérie, puis dans l’UJDA et l’Union des Femmes algériennes, où son énergie, sa lucidité et sa compassion en font rapidement une militante d’une maturité remarquable.
Infirmière puis assistante sociale à l’EGA, Raymonde fait de son métier un prolongement naturel de son combat. Elle écoute, elle soutient, elle accompagne. Dans les quartiers populaires, parmi les travailleurs, elle tisse des liens d’une sincérité désarmante. Les familles la respectent, les ouvriers lui font confiance, ses camarades reconnaissent sa droiture.
Elle ne milite pas par idéologie froide, mais par empathie, par souci de justice, par conviction que la dignité humaine n’est pas négociable.
Son engagement ne pouvait qu’attirer l’attention de la machine répressive. Fichée, surveillée, empêchée de séjour à Constantine, mutée puis contrainte de vivre dans la clandestinité à Alger, Raymonde fait face avec une détermination tranquille. Accusée d’un attentat, traquée par des forces coloniales acharnées, elle refuse de céder à la peur.
Lorsque l’étau se resserre, elle trouve refuge auprès de militants avant de rejoindre la Wilaya III en Kabylie, au maquis. Là encore, elle ne se contente pas de survivre : elle s’engage, elle participe, elle partage, elle soigne, elle encourage.
Au milieu des montagnes kabyles, Raymonde se distingue non seulement par sa bravoure, mais aussi par son humanité profonde. Les villageoises la surnomment « Taous, la gazelle », tant sa douceur contraste avec la rudesse de la clandestinité. Elle gagne l’affection et le respect des maquisards, intégrant le groupe du docteur Mustapha Laliam où elle accomplit chaque mission avec rigueur et abnégation.
En novembre 1957, sur ordre du colonel Amirouche, elle part vers la Tunisie en compagnie de trois combattants. Mais le destin les attend à Draâ Errih.
Repérés et encerclés par des parachutistes français, les quatre maquisards sont capturés. Ses compagnons sont exécutés sous ses yeux. Raymonde, dans un geste d’un courage rare, refuse l’intimidation, insulte ses bourreaux, affirme jusqu’au bout son humanité et sa liberté.
À terre, ligotée, elle est assassinée d’une balle dans la nuque sur ordre du colonel Buis. Elle avait 30 ans.
Son corps martyrisé servira de trophée à une propagande coloniale incapable de comprendre que l’on ne tue pas un idéal.
Après l’indépendance, ses cendres rejoignent celles de son oncle Édouard à Constantine. En 1963, une artère de la ville portera son nom. Mais le véritable hommage n’est pas dans la pierre :
il est dans la mémoire vivante d’un peuple qui reconnaît en elle une sœur, une camarade, une combattante de la liberté.
Raymonde Peschard incarne ce que l’Algérie a produit de plus noble : une femme d’origine européenne ayant choisi, en pleine conscience, le camp du peuple opprimé. Elle est l’expression la plus éclatante de la solidarité humaine, celle qui dépasse la naissance, la religion, la couleur de peau, pour rejoindre les valeurs universelles de justice, de dignité et de liberté.
Aujourd’hui, 68 ans après son assassinat, Raymonde Peschard n’est pas un simple nom dans un livre d’histoire. Elle est une présence, un souffle, une mémoire agissante. Elle nous rappelle que la liberté se conquiert, que la justice se défend, que la dignité se protège.
Elle nous dit que l’engagement n’est pas un mot, mais une manière d’habiter le monde.
Elle nous enseigne que le courage ne consiste pas à ne pas avoir peur, mais à avancer malgré elle.
Elle nous prouve que l’amour du peuple et la fidélité aux principes valent parfois plus que la vie elle-même.
Raymonde Peschard n’est pas seulement une martyre de la Révolution algérienne. Elle est une flamme. Un symbole.
Un phare pour toutes celles et ceux qui refusent l’injustice, et qui croient encore en un monde plus solidaire, plus libre et plus humain.
GLOIRE A NOS MARTYRS
MEHDI RAH