Accueil > Luttes sociales en Algérie > Biskra : à Sakora-Net, les travailleurs de l’éclairage public se dressent (…)
Biskra : à Sakora-Net, les travailleurs de l’éclairage public se dressent pour leur dignité
jeudi 25 décembre 2025, par
À Biskra, les travailleurs de l’entreprise publique Sakora-Net ont décidé de briser le silence. Confrontés à des conditions de travail dégradées, à des retards de salaire et à une gestion jugée autoritaire, ils ont organisé un sit-in au siège de l’entreprise et annoncé une démission collective, qu’ils présentent comme l’ultime recours pour défendre leur dignité et alerter les pouvoirs publics.
Le jeudi 18 décembre 2025, le siège de Sakora-Net est devenu le point de convergence d’un sit-in massif. Chauffeurs, électriciens, balayeurs et agents de nettoyage ont uni leurs voix pour dénoncer des conditions de travail inacceptables. Cette mobilisation traduit un ras-le-bol profond face à une gestion jugée arbitraire et méprisante. Les images largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent des travailleurs déterminés, réclamant le respect de leurs droits fondamentaux et appelant les autorités locales à intervenir.
Les travailleurs dénoncent une série de pratiques qu’ils considèrent comme abusives : menaces de licenciement, suspensions arbitraires, heures supplémentaires non rémunérées et des décisions contraires à la législation du travail. Ils décrivent un climat de pression permanente, fait d’humiliations et de dénigrement, destiné à instaurer la peur et à museler toute contestation. Selon eux, cette gestion rompt avec les principes élémentaires du dialogue social et met en péril le fonctionnement normal de l’entreprise publique.
À cette situation s’ajoute une dégradation alarmante des conditions matérielles. Les agents signalent un manque criant d’équipements et de moyens, allant jusqu’à utiliser parfois leurs propres ressources pour effectuer des interventions techniques. Pendant ce temps, des véhicules de service indispensables restent immobilisés, révélant une désorganisation chronique et un décalage profond entre les décisions prises et les besoins réels du terrain.
Les travailleurs rappellent qu’ils assurent, depuis près de deux ans, la continuité du service de l’éclairage public, depuis le transfert de cette mission de la commune vers Sakora-Net. Ils exercent leur métier dans des conditions particulièrement dangereuses, intervenant souvent de nuit, sans équipements de protection adéquats. Ils dénoncent également l’absence persistante de vêtements de travail, de primes de risque ou de compensations, malgré les dangers quotidiens auxquels ils sont exposés.
Leur mouvement ne vise pas des revendications salariales supplémentaires. Ils dénoncent avant tout le non-paiement de leurs salaires depuis deux mois, conséquence de retards répétés, qui a plongé de nombreuses familles dans une précarité insoutenable. Leur combat est avant tout celui de la dignité : dignité du travailleur, mais aussi respect du droit du travail, mis à mal par le recours abusif aux contrats successifs, perçus comme un outil de précarisation et de mise sous pression permanente. Malgré ces conditions difficiles, ils assurent n’avoir jamais failli à leurs obligations, animés par un profond sens patriotique et par le respect de la population.
En annonçant une démission collective, les travailleurs de Sakora-Net affirment ne pas avoir souhaité en arriver à une telle situation, mais disent y avoir été contraints par l’absence d’alternative et le refus persistant du dialogue. Par ce geste, ils interpellent directement le wali de Biskra afin qu’il intervienne et mette fin à une crise sociale menaçant la stabilité de centaines de familles et la continuité d’un service public essentiel.
Au-delà du cas de Sakora-Net, cette mobilisation met en lumière les dérives de la gestion de certaines entreprises publiques locales et l’urgence de réhabiliter le droit des travailleurs à la parole, au salaire et à la dignité. À Biskra, les agents de l’éclairage public posent une exigence simple et légitime : être respectés. Une exigence à laquelle les autorités ne peuvent durablement se soustraire.
TAOUES. P
Alger républicain