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Décès de Akila Ouared

lundi 1er juin 2020, par Alger republicain

Notre amie vient de nous quitter.

Son nom évoque le combat ininterrompu et courageux des femmes pour la libération nationale et sociale, pour l’émancipation des femmes et leur affranchissement des rapports de domination.

Jeune femme révoltée par les injustices et l’oppression coloniale, elle a rejoint après le 1er novembre 1954 les rangs du FLN en France, où elle vivait comme émigrée, pour prendre part à la guerre de libération du peuple algérien. Comme elle, des dizaines d’autres femmes s’étaient engagées dans le combat libérateur en France.

A l’indépendance elle est rentrée en Algérie pour participer à l’édification de la nation libérée. Elle s’est distinguée par ses luttes pour arracher les femmes à leur condition de mineures à vie enchaînées aux vestiges désuets des conceptions féodales et patriarcales de la société. Dès les deux premières décennies qui avaient suivi l’indépendance, la mobilisation populaire épaulée par les mesures progressistes du pouvoir, ce formidable élan pour édifier le pays avait ouvert massivement aux femmes la possibilité de s’instruire, dans les villes comme dans les campagnes, de poursuivre des études universitaires, de travailler à l’usine ou dans l’administration, les hôpitaux et la justice, d’accéder à des responsabilités, de disposer d’un compte bancaire en leur nom, et, dans les années 1970, d’aller par centaines dans les campagnes exprimer leur appui à la paysannerie en lutte pour en finir avec la féodalité rurale.

Ce n’était pas du goût des forces conservatrices. Leur contre-offensive fut lancée sur de larges fronts dès le début des années 1980. L’une des décisions marquantes du nouveau régime fut d’imposer son Code de la famille. Instrumentalisant la religion, ce texte de loi, toujours en vigueur malgré quelques retouches cosmétiques opérées sous Bouteflika, a consacré l’infériorité juridique de la femme. Akila Ouared, en compagnie d’autres femmes, en particulier de celles qui avaient affronté le colonialisme dans les maquis et les réseaux clandestins des villes s’éleva contre cette loi rétrograde. L’Union Nationale des Femmes Algériennes, tombée entre les mains de militantes réactionnaires du FLN à la faveur du coup de force rendu possible, dans le sillage de la contre-offensive générale de la droite du pouvoir, par l’adoption anti-démocratique du fameux article 120 du parti unique, exclut de ses rangs Akila et toutes les adhérentes opposées à ce coup de barre funeste pour le pays*.

Elle n’eut de cesse de participer à toutes les manifestations pour obtenir l’abrogation du Code la Famille. Elle prit part à la fin des années 1980 à la création de l’association pour la défense et la promotion des droits de la femme dont elle fut la présidente durant de longues années. Elle participa à toutes les luttes contre l’obscurantisme masqué sous le voile religieux et ses actions terroristes.

Ces dernières années, elle a contribué à entretenir chez les nouvelles générations la mémoire des femmes engagées depuis la nuit coloniale et après l’indépendance dans le combat pour les libertés démocratiques et le progrès social.

Alger républicain adresse ses condoléances les plus attristées à notre amie Safia, à toute la famille de la défunte.

La dépouille de Akila sera rapatriée demain dimanche 7 juin par un avion qui devrait décoller de Lyon à midi et arriver à l’aéroport Houari Boumediene d’Alger vers 14 heures. Elle sera conduite au domicile familial avant d’être inhumée au cimetière d’El Alia.

AR

* Article mis à jour le 6 juin 2020