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Les travailleurs de l’ENGOA protestent contre le mépris et la mauvaise gestion

dimanche 31 août 2014, par Alger republicain

Ils ont lancé un mouvement de grève pour dénoncer les injustices qui caractérisent le fonctionnement de leur entreprise. Ils étaient environ 200, rassemblés dans l’enceinte de l’entreprise à Rouiba, devant le local du syndicat où les membres du bureau étaient en réunion pour décider des suites à donner à leur mouvement.

Plusieurs travailleurs témoignent, chacun à sa façon, de ce qu’ils endurent quotidiennement. « Nos déplacements vers les chantiers se font par des camions destinés au transport des marchandises ce qui est contraire au règlement du transport du personnel, il n’y a pas de couverture sanitaire sur les chantiers, les victimes d’accident de travail sont évacués avec les véhicules des travailleurs, nous avons eu deux morts pendant la réalisation du pont de Azazga, le médecin de l’entreprise est utilisé pour la prise en charge des membre des familles de l’équipe dirigeante, en plus des conditions de travail lamentables nous subissons quotidiennement des brimades, provocations et autres injustices pratiquées par directeur et son équipe ».

Un des deux fils du directeur employés de l’entreprise, ingénieur en informatique, se conduit comme si l’entreprise appartenait à sa famille. « Il a même menacé de licenciement, un travailleur interviewé par une chaine de télévision » a rappelé un des travailleurs dont le témoignage est confirmé pas ses camarades. Un autre ajoute que « la maintenance du matériel de l’entreprise est confiée à des privés qui squattent les locaux de l’entreprise alors que nous avons un personnel qualifié et que souvent le matériel revient en panne même après plusieurs tentatives de réparation ».

Plusieurs autres anomalies ont été signalées telles que : non-paiement des heures supplémentaires, insuffisance de la prime de déplacement 250 DA/jour, le non-paiement des rappels de l’augmentation des salaires de 2008, le régime sans repos des travailleurs de la cantine. Pendant le ramadhan ils n’ont pas bénéficié de la réduction des horaires de travail comme dans les autres entreprises, etc. …

Il faut signaler aussi que la quasi-totalité des travailleurs est engagée par des contrats à durée déterminée (CDD), renouvelés à la tête du client tous les mois, trois ou au maximum tous les six mois. Type de contrat dont les patrons du privé comme du public usent et abusent pour pouvoir mettre les travailleurs à la porte sous n’importe quel motif, surtout s’il commencent à revendiquer leurs droits et à s’organiser en syndicat. La majorité a déjà plus de six années dans l’entreprise.

C’est d’ailleurs grâce à leur ancienneté, leur expérience et leur savoir-faire que l’ENGOA (Entreprise Nationale de Grands Ouvrages d’Art) a pu réaliser plusieurs grands ouvrages dans des délais records, par exemple le grand pont de Azazga réalisé en trois ans et les deux trémies de Oued Aïssi en 53 jours chacune. Les ouvrages qu’elle a réalisés il y a plus de 30 ans, tels que les ponts et les tunnels le long des grandes routes nationales, sont de meilleure qualité que ceux qui ont été construits ces dernières années par des sociétés étrangères. Ceci procure une grande fierté aux travailleurs et aux cadres de l’entreprise.

Le gouvernement n’arrête pas de discourir sur le développement du pays, au lieu de s’inspirer de tels résultats et de mettre en place les conditions nécessaires à leur développement. Il s’efforce au contraire de chercher des artifices juridiques et administratifs pour plaire aux sociétés privées étrangères et locales qui posent toujours plus de conditions pour "investir" et ramasser plus d’argent en Algérie. Le gouvernement en est arrivé à confier à des entreprises étrangères des travaux à la portée de n’importe quel maçon comme la réfection des trottoirs !

Ce qu’ont rapporté certains quotidiens de presse nationale sur le nouveau Code du travail montre clairement que le développement du pays n’est pas la préoccupation du gouvernement. Sa priorité est de satisfaire les demandes des patrons privés pour l’instauration de leur fameux "climat d’affaires" et du "pacte social" avec le consentement de l’UGTA, police syndicale du régime.

La généralisation du contrat travail CDD trahit les orientations du gouvernement. Le secteur privé ne veut pas investir dans des activités industrielles qui nécessitent des degrés de qualifications élevés de la main d’œuvre. Les patrons veulent investir dans les secteurs où ils récupèrent rapidement l’argent dépensé en amassant de gros profits et où il n’y a aucune exigence de qualification, la main d’œuvre étant disponible en abondance n’importe où. Le travailleur doit être un "travailleur jetable" au gré des intérêts des capitalistes. C’est cela toute la signification du CDD.

Ce que vivent aujourd’hui les travailleurs de l’ENGAO n’est pas étranger à cette démarche du gouvernement. Tout en se battant pour la préservation et l’accumulation féconde de leur savoir-faire, ils doivent développer leurs méthodes de luttes et leur solidarité avec les travailleurs des autres secteurs.

C’est une des conditions pour que le développement du pays se construise sur la base de la promotion des sciences et de la maitrise des technologies les plus avancées, se traduise par l’amélioration de leur pouvoir d’achat et le progrès social.

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C.P.

31.08.14