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Nouvelle manifestation, cette fois violemment réprimée, des travailleurs de la SNVI de Rouiba

mercredi 2 décembre 2015, par Alger republicain

Une fois de plus le paiement des salaires des travailleurs de la SNVI n’est pas encore effectué. En manifestant de nouveau ce mardi leur refus d’accepter ces retards répétés, ils ont tenu aussi et surtout à dénoncer le sabotage organisé de leur entreprise. La gendarmerie et la police les attendaient cette fois-ci comme si une main invisible tirait les ficelles pour les intimider et leur signifier que le complexe n’a pas d’avenir, que la résistance à leur plan de liquidation est vaine. Des heurts se sont produits. De nombreux travailleurs ont été blessés. On parle d’une quinzaine d’arrestations.

L’activité du complexe est pratiquement paralysée depuis plus de 16 mois par suite du blocage par les Douanes de fournitures nécessaires au fonctionnement de l’usine. Il est clair pour tous que ce blocage n’est pas le fruit d’un simple fonctionnement bureaucratique mais l’expression d’une volonté de détruire ce qui reste de secteur public pour justifier son bradage au dinar symbolique, comme l’envisagent à travers la loi de finances 2016 le gouvernement et la classe des possédants qu’il représente.

Diverses institutions publiques, l’armée en particulier, ont pourtant passé des contrats avec le complexe. Le CVI pouvait redécoller après des années de marasme sciemment organisé. Mais les commandes ne pourront pas être honorées. De fait, les entreprises étrangères de montage de véhicules comme Mercedès et Renault ne connaissent aucune perturbation avec les Douanes. Si on voulait ouvertement encourager l’importation de camions et de bus et plaire aux grandes puissances, le message sera reçu cinq sur cinq par les intéressés. C’est contre ce coup de force et ce mépris pour la force productive du pays que les travailleurs expriment leur indignation.

Les travailleurs savent qui se tient derrière la répression de leur manifestation. Ce sont les défenseurs des multinationales et des importateurs qui ne se sont jamais autant enrichis que depuis que le commerce extérieur a été mis entre leurs mains. Les importations sont livrées totalement à l’avidité des rapaces, spécialistes des surfacturations et des sociétés écrans grâce auxquelles ils ont organisé en toute impunité la fuite d’énormes masses de capitaux à l’étranger. Ce sont des valets de l’impérialisme, français notamment qui n’avait jamais digéré le choix fait par l’Algérie de rompre, après son indépendance, avec le "pacte colonial" qui lui interdisait de s’industrialiser.

Il est de notoriété publique que le complexe de véhicules industriels de Rouiba a été un des plus beaux fleurons de l’Industrie algérienne. Ce complexe a été lancé au tout début des années 1970 dans le cadre de l’industrialisation pour assurer l’indépendance du pays en la préparant réellement, en fait et non en paroles à l’après-pétrole. Le complexe produisait 3000 camions et autant d’autobus. Des milliers de travailleurs, de techniciens et d’ingénieurs ont ainsi acquis un précieux savoir-faire industriel. Le CVI, comme de nombreuses autres usines dans la mécanique et la métallurgie, a été une pépinière d’ouvriers et d’ingénieurs talentueux et créatifs. Leur expérience aurait pu propulser de façon irréversible l’Algérie dans la dynamique d’une ère industrielle inédite.

Mais l’incurie et la politique de sabotage du régime prédateur de Chadli et de Brahimi, l’a plongé dès 1980 dans un abime sans fond. Toutes les équipes gouvernementales qui se sont succédé par la suite depuis plus de 30 ans n’ont excellé que dans le sabordage de l’appareil productif mis en place. Ce n’est pas seulement le régime de Bouteflika qui est en cause mais tous les adeptes du capitalisme, y compris des courants qui affichent leur opposition à son système de gestion politique mais dénigrent rageusement la politique industrielle des années 1970. Ils ont tous mené campagne dans la presse et les colloques contre la réhabilitation du secteur public. Ils ont fait croire que le privé allait se lancer dans l’industrie mécanique plutôt que dans les secteurs à hauts de profit - ou d’ "efficience" pour parler comme le ministre des Finances - comme ceux de la fabrication d’huile, de sucre, de couscous, de gaufrettes et de yaourts, ou dans le secteur de l’importation.

Les annonces de relance industrielle, tout le monde les entend depuis des années sans rien voir de concret en dehors de projets de montage qui sont une véritable marche en arrière par rapport aux avancées des premières années de l’indépendance. Ces entreprises de montage tant vantées en particulier par l’ainsi mal nommé ministre de "l’Industrie" enfoncent le pays dans la dépendance. La relance industrielle n’est que promesse en l’air. Les ministres qui font ces annonces n’ont cherché qu’à désamorcer l’aspiration des travailleurs attachés par toutes les fibres de leur chair au retour à une véritable stratégie de développement. Ce n’est pas le fait du hasard si lors de leur dernière assemblée générale du CVI, ils applaudissaient longuement le nom de Boumediène à chaque fois qu’il était prononcé.

La manifestation de ce mardi est le signe avant-coureur que les travailleurs ne vont pas se laisser faire. L’adoption de la loi de finances 2016 annonciatrice de hausse du coût de la vie, de paupérisation des travailleurs, de privatisations, de nouveaux cadeaux à la bourgeoisie et aux multinationale, d’un nouvel et scandaleux enrichissement des déjà riches, met le feu aux poudres.

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RN

02.12.15

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