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Le 8 mai 1945 : jour de deuil pour notre peuple

vendredi 29 mai 2026, par Alger republicain

Le 8 mai 1945, l’Armée rouge, fleuron de la grande Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), mettait fin à la barbarie nazie. L’Allemagne hitlérienne était vaincue ; elle capitulait devant les généraux de l’Armée rouge. Un soldat soviétique plante alors le drapeau de l’URSS au sommet du Reichstag, symbole de l’empire allemand.

L’URSS, auréolée de cette immense victoire, sort grandie. Tous les peuples du monde la saluent et la félicitent. Elle acquiert ainsi un prestige immense auprès des peuples opprimés, et un vent de liberté souffle sur la planète. De nombreux peuples vont alors engager leur lutte pour se libérer du joug colonial.
Mais les succès de l’URSS deviennent insupportables pour ses ennemis historiques : les États-Unis et les puissances européennes ainsi que pour tous les adversaires du communisme. Ils instaurent un cordon sanitaire pour isoler le camp socialiste et déclenchent la guerre froide.
Notre peuple, même après 80 années, ressent encore une douleur profonde et ineffaçable en pensant aux milliers de martyrs sauvagement massacrés par la soldatesque coloniale française.
Ce 8 mai 1945, alors que tous les peuples du monde célébraient dans la joie et l’allégresse la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans notre pays, à Sétif, il en allait tout autrement.
Une manifestation organisée par le MTLD, mouvement nationaliste, avec la participation des Scouts musulmans algériens, se voulait pacifique. Elle de déroule dans une atmosphère de joie. Rien ne laissait présager l’horreur qui allait suivre.
Soudain, un jeune homme sort du cortège, brandissant un drapeau national fixé à un bâton. Le drapeau flotte au-dessus de la manifestation. Ce jeune Algérien, fier d’ouvrir la marche avec le drapeau national, n’avait que 14 ou 15 ans. Encore enfant, il avançait avec fierté, joie et courage. Il est devenu depuis un symbole et un exemple pour notre jeunesse.
La manifestation change alors de nature : d’un rassemblement pacifique, elle devient une manifestation de revendication nationale.
Le cortège avance lentement. Le jeune porteur du drapeau est acclamé par la foule. Soudain, un coup de feu retentit. Un policier colonial avait dégainé son arme et tiré sur le jeune manifestant. Il s’effondre, tué.
C’est le début de l’émeute.
Une foule en colère s’en prend alors aux Européens ; une centaine d’entre eux sont tués. Très vite, la situation dégénère en bain de sang.
L’armée et la police ouvrent le feu à balles réelles. Nos compatriotes tombent comme des mouches. Les ultras coloniaux se déchaînent. Des ratonnades sont organisées. Des tribunaux spéciaux jugent sommairement nos compatriotes ; beaucoup sont condamnés à mort puis exécutés d’une balle dans la tête.
La répression s’étend à Guelma, Kherrata et à tout le Constantinois.
Dans les gorges de Kherrata, des milliers d’Algériens sont arrêtés, exécutés ou jetés dans les ravins. Des corps s’entassent dans des scènes d’une horreur indescriptible. Une barbarie innommable se déploie. La férocité coloniale française semble sans limite.
Dans plusieurs régions, les manifestations subissent le même sort : répression armée, arrestations massives, exécutions sommaires, villages attaqués, populations massacrées.
On peut considérer cela comme la première phase du massacre. Déjà, des dizaines de milliers de morts sont recensés. Les estimations varient entre 20 000 et 30 000 victimes mais la suite sera encore plus terrible.
Le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de la France libre, poursuit la répression. Pourtant, de nombreux Algériens avaient participé à la libération de la France, avec l’espoir qu’en retour la liberté leur serait reconnue. Cette promesse fut rapidement oubliée.
Aucune compassion n’est accordée aux quelque 150 000 Algériens engagés dans l’effort de guerre, ni à ceux tombés sur les champs de bataille.
Pour de Gaulle, « l’Algérie, c’est la France ». Il décide alors d’envoyer une force militaire écrasante contre un peuple sans défense : navires de guerre le long des côtes, aviation, blindés, artillerie. L’ordre est donné de réprimer sans limite.
Des bombardements visent les populations. Des douars sont incendiés ou rasés. L’aviation bombarde les campagnes. Les morts se comptent par milliers. Femmes, enfants et vieillards ne sont pas épargnés.
La région devient un immense charnier. Des milliers de cadavres couvrent le sol. Les survivants cherchent leurs proches parmi les ruines et les morts.
Le bilan est effroyable. Plus de 45 000 morts selon l’estimation la plus couramment retenue, chiffre que beaucoup considèrent encore sous-estimé. Et cela concerne essentiellement Sétif, Guelma, Kherrata et le Constantinois.
Dans d’autres régions du pays, la répression a également fait de nombreuses victimes.
Ainsi, ce 8 mai 1945, alors que le monde célébrait la victoire sur le nazisme, le peuple algérien vivait l’une des pages les plus tragiques de son histoire sous la violence du colonialisme français.
Le général de Gaulle déclarera avoir « étouffé dans l’œuf » toute idée d’indépendance. Mais il se trompait.
Cette fois, notre peuple, qui subissait depuis trop longtemps les affres du colonialisme, a décidé que cela ne pouvait plus durer. La résistance se réorganise. Une conviction s’impose : seule la lutte armée permettra la libération du pays.
Après près de dix années de préparation, le 1er novembre 1954 marque le début de l’insurrection armée et d’une guerre de libération longue et terrible qui durera près de huit années.
Face à la détermination du peuple algérien et à l’organisation grandissante de la Révolution, les négociations s’ouvrent finalement entre la France et les représentants du peuple algérien.
Les accords d’Évian, signés en 1962, mettent fin à la guerre.
À la suite du référendum d’autodétermination, le résultat est sans appel.
Le 5 juillet 1962, l’Algérie devient indépendante.
Le 8 mai 1945 demeure à jamais un jour de deuil national, de mémoire et de recueillement. Nous nous inclinons devant nos martyrs et devant tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour que vive l’Algérie libre et souveraine.

LIES SAHOURA